Bob Comis des fermes Stony Brook est un éleveur de porc professionnel. C’est un bon éleveur. Comis connaît ses cochons, il les aime et les traite avec une remarquable dignité. Ses animaux vivent dans un décor bucolique et «aussi près de la nature que possible». Il écrit qu’ils sont comme les porcs de Platon, avec «la forme idéale du cochon». Ses pâturages à Schoharies dans l’État de New York semblent être des parcs d’attractions porcins: «ils sautent, ils se prélassent, ils mangent, ils dorment, ils s’affalent, ils courent, ils jouent». Et quand le jour fatidique de délivrance arrive, «ils meurent inconsciemment sans souffrance ou douleur».

On comprend les clients de Bob Comis — des consommateurs éduqués intéressés par de la viande de bêtes élevées humainement — on les comprend d’être avides de remplir leurs assiettes de ce porc. À leurs yeux, Comis représente une nouvelle sorte de rebelles agraires qui bottent le derrière d’une industrie si hypertrophiée qu’à elle seule, une entreprise – Smithfields Foods — produit six milliards de livres de porc par année. Comis propose une solution de rechange à ce modèle industriel et un beau jour, si tout se passe comme le souhaitent les réformistes du Food Movement3, toute la viande sera produite localement et humainement pour le «carnivore consciencieux».

Sauf qu’il y a un problème. Comis, l’éleveur de porcs bien élevés, croit que ce qu’il fait dans la vie est mal. Moralement mal. «Comme éleveur porcin, je mène une vie qui n’est pas éthique», écrivait-il récemment dans le Huffington Post. Il est bien conscient qu’il «pourrait bien être une très mauvaise personne de tuer ainsi des animaux pour gagner sa vie». Pour Bob Comis, le principal problème avec son travail c’est l’abattage d’êtres sensibles et capables d’émotions. Son verdict est sans équivoque: sa vie est «nimbée d’un voile de justifications en vue de l’acceptation sociale». À ceux qui veulent leurs côtelettes de porc bien élevé, il déclare «je suis un propriétaire d’esclaves et un meurtrier» et «ce que je fais est mal». Même si «je ne peux rien y faire pour l’instant», il conclut «je le sais jusqu’au plus profond de mes os».

Le Food Movement

Les chances sont bonnes que vous n’ayez jamais entendu parler de Bob Comis. Le Food Movement, plutôt porté vers le carnivorisme, voudrait bien que ça reste ainsi. Avec la confession de sa transgression éthique, Comis s’est éloigné dangereusement du scénario habituel du mouvement. Pour bien apprécier tout l’impact de la défection de Comis, il est utile de comprendre le mouvement lui-même, soit une coalition peu structurée, mais puissante, d’intérêts progressifs, «une grosse tente molle» comme l’appelle Michæl Pollan, le leader du phénomène. Ses membres souhaitent réduire, décentraliser et ramener à une échelle locale le système alimentaire pour faire entrer les consommateurs «au-delà du code-barre», dans un monde d’aliments sains.

Comis, l’éleveur de porcs bien élevés, croit que ce qu’il fait dans la vie est mal

Les préoccupations des réformistes du mouvement sont plus structurelles que diététiques. Ce qui compte, c’est de savoir d’où provient sa nourriture et comment elle est préparée plutôt que ce qu’on mange réellement. Vous voulez manger des testicules de chien (ce que la serveuse d’un restaurant huppé d’Austin au Texas m’a récemment invité à commander)? Allez-y, mais assurez-vous qu’elles proviennent d’une petite ferme locale et humaine. Envie d’une assiette de «tête de cochon fritte»? Pourquoi pas? Mais ça doit venir d’un lieu comme Grange Kitchen and Bar à Ann Harbor qu’un blogueur local considère être le havre de la cuisine Slow Food. Dans sa noble quête pour mettre fin aux sévices d’une machine agroalimentaire trop industrielle qui façonne des ersatz de nourriture, le mouvement encourage une radicale liberté de choix culinaire avec un zèle quasi libertarien. Restrictions alimentaires est une expression généralement absente du lexique.

Mais il y a quand même des règles. La liberté s’exerce le samedi matin, au marché fermier ou par un chef Slow Food, plutôt que dans les allées stérilisées et éclairées d’un Supercentre Walmart. Le message est répété dans tous les marchés fermiers du pays: vous pouvez manger tous les animaux que vous voulez – et toutes leurs parties – tant qu’ils viennent de chez Bob Comis et pas de chez Oscar Mayer4. Non seulement vous ferez la bonne chose pour les animaux et les petites fermes qui les nourrissent, mais vous apporterez aussi une contribution politique importante pour de la vraie nourriture. Vous allez créer une culture alimentaire qui vous permettra de manger un cochon tout entier, tout en mettant au rancart des entreprises comme Smithfield Foods détenue par des intérêts chinois. Cette aspiration, en particulier si vous aimez le goût de la viande, est devenue de plus en plus populaire et irrésistible.

je suis un propriétaire d’esclaves et un meurtrier

Il arrive que le discours d’un mouvement prenne des raccourcis. Par exemple, qu’il exagère le lien entre la malbouffe et des problèmes sociaux historiquement complexes («l’arrivée de la malbouffe, écrit Pollan, a en fait encouragé le déclin du revenu familial aux États-Unis»). Et les porte-paroles du mouvement qui proviennent de classes aisées peuvent faire la sourde oreille quand vient le temps de parler politiques d’inclusion (comme le dit la restauratrice Alice Waters: «certains veulent acheter des chaussures Nike. Deux paires. Et d’autres veulent manger des raisins Bronx5 et se nourrir»). Ceci étant, plusieurs avocats des enjeux politiques de l’alimentation sont en désaccord avec les principes fondamentaux du mouvement, tout particulièrement lorsqu’ils sortent de la bouche d’ambassadeurs charismatiques comme Pollan (un écrivain doué), Wendell Berry (un David Henry Thoreau des temps modernes) et même Waters elle-même, qui est connue pour se plaindre lorsque l’intégrité de Slow Food est remise en question.

Le Food Movement, malgré ses faux pas et ses mélodrames, est une force relativement nouvelle, mais assez redoutable et qui poursuit généralement de bons objectifs. Les consommateurs sensibles à la justice alimentaire devraient l’encourager. Après tout, qui n’est pas d’accord avec l’idée d’éliminer les déserts alimentaires6, de servir du brocoli local dans les écoles, de rendre plus accessibles les aliments sains, d’éliminer le pink slime de la chaîne alimentaire, de faire pousser du chou kale dans le Midwest ou d’avoir un secrétaire d’État à l’agriculture qui vient d’un état producteur de maïs et de soya? Ce sont de bons objectifs partagés par tout le monde.

Il n’empêche que des sceptiques se sont demandé si les réformes proposées par le Food Movement sont seulement possibles tout en continuant d’ignorer les considérations éthiques liées à la consommation de viande. Pour le dire simplement, se pourrait-il qu’en ce qui concerne la viabilité à long terme du mouvement, changer le contenu de nos assiettes soit plus important qu’améliorer la façon dont nos aliments sont produits? Se pourrait-il que la seule façon de réformer le système agroalimentaire – plutôt que de simplement proposer des options de rechange – soit d’arrêter d’élever des animaux pour les consommer? Pollan a répondu à ces questions en expliquant que «ce qui est mal avec l’élevage – avec la consommation d’animaux – c’est la pratique, pas le principe.» Mais si c’était le contraire? Est-ce que, sur la question de la consommation d’animaux, les principes des foodies ne seraient-ils pas dans le champ?

La contradiction des omnivores

Lorsqu’il a présenté sa thèse au sein du Food Movement – élever et tuer mes cochons heureux n’est pas éthique –, Comis a ouvert la porte à une question philosophique sur le principe de tuer des animaux pour de la nourriture dont nous n’avons pas besoin. Pour un mouvement qui vise à changer radicalement la façon dont on se nourrit, cet examen aurait dû être fait depuis longtemps.

élever et tuer mes cochons heureux n’est pas éthique

Depuis la fameuse distinction morale de Jeremy Bentham – «La question n’est pas “peuvent-ils raisonner?”, ni “peuvent-ils parler?”, mais “peuvent-ils souffrir?”» — jusqu’à la Libération animale de Peter Singer en passant par Les Droits des animaux de Tom Regan, les philosophes ont, à partir de différentes perspectives, construit une preuve multiforme et impressionnante que les animaux ont des intérêts pertinents, et que, par conséquent, ils méritent une certaine considération morale.

Il se peut très bien qu’à cause de cette considération morale, on ne puisse pas justifier l’élevage et la mise à mort d’animaux sensibles pour les manger lorsqu’on peut les remplacer par des options végétales. Certes, même si certains philosophes soutiennent que ce n’est jamais éthique de manger des animaux, il pourrait y avoir des circonstances qui justifieraient de le faire. Cependant, après deux siècles de débats sur la question, leurs arguments nous montrent que la barre est fixée bien plus haut que la plupart d’entre nous ne le reconnaissons. En résumé, il importe pour un cochon de mener une vie agréable. Sur quelles bases peut-on ignorer cet intérêt, tuer l’animal et en faire des escalopes de porc?

Ce n’est pas un jeu d’esprit. En effet, l’appel de Comis pour une approche plus philosophique de l’élevage n’est ni arbitraire, ni un appel théorique à une notion abstraite de droits des animaux. Plutôt, il provient modestement de la vie quotidienne, particulièrement des mécanismes complexes qui amènent les protéines animales dans nos assiettes, des aliments qui ont été démontrés non seulement comme non nécessaires, mais souvent dommageables pour la santé humaine. Un consensus à la fois laïque et religieux existe, voulant que vivre une vie éthique signifie accepter que ses propres intérêts ne soient pas plus importants que ceux des autres simplement parce qu’ils sont siens. La décence la plus élémentaire, sans parler de cohésion sociale, nous demande d’accepter que des intérêts similaires requièrent une égale considération.

l’élevage est au cœur d’à peu près tous les maux de l’agriculture industrielle

Or, si on ne devait n’avoir qu’un intérêt, ce serait de ne pas souffrir inutilement. Même si la souffrance qu’éprouve un animal de la ferme diffère de celle d’un humain, elle requiert que l’on considère les intérêts de l’animal à ne pas être engraissé et mangé, de la même façon que l’on considérerait nos propres intérêts à ne pas être engraissé et mangé. Dès lors, pour justifier la consommation d’un animal, il faudrait démontrer qu’il existe une considération morale concurrente. Et malheureusement, le goût de la pancetta ne suffira pas.

Le Food Movement devrait accepter un débat sérieux sur la question. Son discours nous pousse à «savoir d’où vient notre nourriture» et à suivre nos aliments «de l’étable à la table». Les leaders du mouvement devraient reconnaître ce questionnement moral comme une étape importante qui fait partie d’un effort plus vaste pour réformer notre «système alimentaire défaillant». L’élevage est au cœur d’à peu près tous les maux de l’agriculture industrielle. Nommez un problème agraire – les émissions de gaz à effet de serre, la surutilisation d’antibiotiques et de pesticides dangereux, les cultures génétiquement modifiées, la salmonelle, E. Coli, la gestion des déchets, l’utilisation de l’eau – et ramenez-le à sa source ; vous devriez y trouver des animaux. Étant donné cette place centrale, il est raisonnable d’attendre du Food Movement qu’il saisisse l’occasion de réfléchir aux implications du dilemme de Bob Comis.

La recherche a montré qu’une alimentation végétalienne, qui évite le gaspillage lié à la culture de grains utilisés pour engraisser les animaux, est sept fois moins énergivore que la consommation de viande. Si elle était adoptée à l’échelle de la planète, elle pourrait réduire les émissions de GES de 94% par rapport à l’agriculture conventionnelle. N’importe quelle occasion d’explorer les fondements moraux de la consommation de viande, et aboutir à l’idée qu’une alimentation végétalienne soit un objectif viable, devrait être cohérente avec la mission «anti-corporative» et écologique du mouvement.

Mais, à quelques rares exceptions près, ceux qui sont dans les grosses tentes molles ont déroulé le tapis rouge aux «bouchers éthiques» tout en rejetant les défenseurs des droits des animaux, les traitant d’ascètes béats (ce qu’ils peuvent être) et d’activistes fous (aussi), plus guidés par leur sensibilité à fleur de peau que par la raison. L’accusation est facile. Mais le problème avec ce rejet, et avec le refus d’aborder l’aspect moral de la mise à mort des animaux, c’est qu’il assoit les louables objectifs du mouvement dans des sables mouvants et sur une hypocrisie non résolue. Appelons ça les «contradictions de l’omnivore».

Le carnivore consciencieux répondra qu’on peut justifier la consommation d’animaux parce que les humains ont évolué de la sorte (la forme de nos dents le prouve); que si on ne mangeait pas les animaux heureux, ils ne viendraient pas au monde et n’auraient jamais été heureux; que tout est correct si les animaux vivent bien et sont «tués avec respect»; qu’on doit recycler les animaux dans le système agricole pour garder les sols fertiles; que les animaux mangent des animaux et que dans la nature, c’est la survie des espèces et non des individus qui la compose qui compte. Ces arguments favorisent le dialogue.

le carnivore consciencieux répondra qu’on peut justifier la consommation d’animaux parce que les humains ont évolué de la sorte

Mais aucun n’a de poids tant que le Food Movement ne répond pas à la contradiction soulevée par Bob Comis: comment peut-on justifier moralement le fait de respecter un animal sensible pour ensuite le tuer?

Tuer avec amour

Examinons d’abord pourquoi le Food Movement veut mettre fin aux sévices de l’élevage industriel: l’environnement, la santé, les conditions des travailleurs. À mesure que les effets dommageables de l’agriculture industrielle sur les ressources naturelles, le taux d’obésité et les conditions de travail deviennent de plus en plus évidents, les consommateurs en colère veulent des solutions de remplacement. Les monstrueux regroupements d’entreprises – qui amplifient les pires aspects de l’agriculture industrielle – suscitent encore davantage la grogne populaire. Mais le mauvais traitement des animaux est encore plus haut sur la liste des préoccupations de la plupart des consommateurs consciencieux. C’est leur mauvais traitement incessant qui nous fait grincer des dents. Comment est-il possible qu’on coupe la queue d’un animal sans anesthésie, qu’on l’enferme dans une cage si petite qu’il ne peut se retourner, qu’on jette des poussins mâles dans un broyeur ou qu’on coince un bâton électrique dans l’anus d’une vache, que ces pratiques soient normales dans les élevages industriels? Tout le monde le comprend intuitivement: aucun être conscient ne devrait être soumis à des violences, surtout si le but n’est que de satisfaire nos papilles gustatives. En vertu de notre simple haut-le-cœur moral, nous accordons aux animaux un niveau minimal de considération morale.

la recherche a montré qu’une alimentation végétalienne […] est sept fois moins énergivore que la consommation de viande

La popularité du Food Movement s’est construite sur cette idée: les animaux qui proviennent d’élevages industriels ont des qualités qui font en sorte qu’ils méritent notre considération morale. Les animaux ne sont pas des choses, et leur bien-être importe à tel point qu’ils ne doivent pas souffrir du confinement abusif des élevages industriels. Ils méritent du temps, de l’espace et de la liberté d’exprimer leurs instincts naturels. Ces préoccupations montrent que les animaux d’élevage – étant donné leur capacité à ressentir la souffrance dans ce contexte industriel – ont de véritables vies émotionnelles et une valeur intrinsèque. En reconnaissant qu’ils ne doivent pas subir de mauvais traitements, nous reconnaissons leur statut moral fondamental d’êtres sensibles. Ils peuvent souffrir, et par conséquent, on devrait, lorsque c’est possible, éviter de leur causer des souffrances. Si les animaux ne nous importaient pas au sens moral, alors le mal qui leur est systématiquement infligé dans les élevages industriels ne devrait causer aucun problème moral. On serait indifférent aux sévices dont ils sont victimes.

Si la position du Food Movement sur la question des animaux élevés dans les fermes industrielles est claire, elle devient plus nébuleuse lorsqu’on l’applique aux élevages non industriels, c’est-à-dire à petite échelle et sans cruauté. C’est là que la contradiction des omnivores est mise en évidence. Présumons pour le moment que les prémisses du Food Movement sont satisfaites dans la plupart des petites fermes durables et sans cruauté. On ne peut nier que sur la plus admirable de ces fermes, et quand bien même les propriétaires parlent de mort dans le respect, les animaux sont tout de même élevés dans le but ultime d’être tués et transformés en produits. Le Food Movement minimise généralement cette réalité, mais la réalité demeure: comme dans les élevages industriels, sur les fermes sans cruauté, le jour de l’abattage, les animaux sont transformés avec une violence brute en biens qui seront consommés et remplacés avec la même efficacité que des pièces automobiles.

D’un point de vue moral, la question devient ici beaucoup plus complexe. C’est là, soudainement, que pratique et principe convergent, révélant du même coup le cœur de l’hypocrisie: on hisse la question du comment les animaux vivent (mal sur les fermes industrielles et bien sur les fermes sans cruauté), au-dessus du pourquoi nous les élevons (pour les tuer et les manger dans les deux cas). C’est à ce moment crucial dans la vie sur la ferme – le choix d’abattre l’animal contre sa volonté – que la considération morale qu’on a mobilisée avec tant d’efficacité pour condamner l’élevage industriel devient secondaire. Cela nous amène encore une fois à la contradiction.

ils peuvent souffrir, et par conséquent, on devrait, lorsque c’est possible, éviter de leur causer des souffrances

Il semble non seulement raisonnable, mais essentiel de le demander: comment un mouvement peut-il se soucier du bonheur des animaux de ferme au point de souhaiter une réforme de toute l’agriculture industrielle, tout en transformant ces mêmes animaux en assiette de tête de cochon fritte servie en entrée pour 11$? Quel principe moral pourrait accommoder une telle volte-face? Et si un tel principe existait, voudriez-vous vraiment qu’il guide votre vie? Dans une entrevue récente au magazine Modern Farmer, Bob Comis, qui incarne la contradiction de l’omnivore avec tant de sensibilité, décrivait le problème de cette façon:

Les éleveurs mentent à leurs animaux. On est gentil avec eux et on en prend soin pendant des mois, voire des années. Ils grandissent confortablement avec nous et commencent même à nous aimer. Mais à la fin, on profite d’eux, on utilise leur confiance pour les duper et les amener jusqu’à la mort. Avec bonté, les éleveurs les tuent.

Rayer la mort de la vie

L’incapacité du Food Movement à reconnaître ses contradictions est manifeste dans le travail de défrichage culturel que font ses leaders d’opinion bien connus: Pollan, le journaliste gastronomique Mark Bittman et le romancier Jonathan Safran Fœr. Ensemble, ces auteurs incarnent la contradiction de l’omnivore et esquivent la question. Ils s’empressent de critiquer l’élevage industriel et insistent pour dire que les animaux d’élevage ont une valeur intrinsèque. Les animaux ne sont pas des choses. Ils ont des sentiments. Ils souffrent de douleurs et de frustrations injustifiables. Mais ces attaques pamphlétaires sonnent creux lorsqu’ils utilisent les horreurs de l’élevage industriel pour justifier la production artisanale et son but ultime: l’abattage plus gentil. Un abattage plus agréable au goût. Plus attirant et plus vendeur.

Pollan règle la question dans Le Dilemme de l’omnivore où il écrit sur les cochons logés dans des parcs d’engraissement. Il observe avec une réelle empathie, notant par exemple comment le confinement des porcs a comme conséquence un «cochon déprimé», un «cochon démoralisé», un cochon loin de ses «prédispositions naturelles». Il se plaint de la manière dont les cochons sont «entassés sous un toit de métal, debout sur lattes métalliques suspendues au-dessus d’une fosse septique». Après avoir visité un élevage de porcs en liberté où les animaux ont le privilège d’être heureux, Pollan admet qu’il «ne peut pas regarder leurs queues en tire-bouchon… sans penser à celles des cochons dans les élevages industriels» (où les queues sont coupées).

Expliquant comment les cochons en confinement «apprennent à vivre avec l’impuissance», il écrit qu’ «il n’est pas surprenant qu’un animal aussi intelligent qu’un cochon devienne déprimé dans ces circonstances». Bittman, l’influent chroniqueur du New York Times a souvent écrit sur le terrible sort des animaux dans les élevages industriels. L’auteur de How To Cook Everything Vegetarian déstabilise fréquemment ses lecteurs à l’aide de faits et des graphiques. On y apprend que le nombre de vaches et de poulets logés dans les fermes industrielles a doublé entre 1997 et 2002 et que le nombre de «grandes exploitations d’élevage» a presque quadruplé entre 1982 et 2002. Bittman fait le lien entre ses chiffres et les troubles émotionnels subis par les animaux eux-mêmes. «Jusqu’à tout récemment», disait-il en 2012, «je croyais que les principales raisons pour manger moins de viande étaient liées à l’environnement et à la santé». Tout en reconnaissant que ces arguments demeurent valides, il ajoute un bémol: «le bien-être animal a depuis pris une place importante dans ma réflexion».

je croyais que les principales raisons pour manger moins de viande étaient liées à l’environnement et à la santé

Comme Pollan, Bittman a vécu une sorte d’épiphanie en réalisant que les animaux que l’on mange ont un intérêt à éviter la souffrance. Une vidéo tournée en caméra cachée par la Humane Society dans une ferme porcine de Smithfield Foods montre les mauvais traitements réservés aux cochons. Bittman, un chroniqueur et écrivain qui en a pourtant vu d’autres, est demeuré «complètement bouche bée». Il reproche à Smithfield Foods son «mépris exaspérant du bien-être de ses animaux». Il va même jusqu’à suggérer que les abus commis aux animaux dans les élevages modifient la psyché humaine. Il exhorte ses lecteurs «à ouvrir les yeux sur le traitement des animaux et à commencer à le changer».

Fœr a aussi influencé le dégoût public pour l’élevage – peut-être encore davantage que Pollan et Bittman. Son best-seller Faut-il manger les animaux a amené la condamnation de l’agriculture intensive sur un terrain remarquablement détaillé et réfléchi. Les jeunes, en particulier, ont été touchés par l’analyse à la fois nuancée et accessible de Fœr au point d’abandonner la viande. Il cite en exemple un éleveur de volaille industrielle chez qui les dindes sont tuées après un an «parce qu’elles ne pondent plus autant d’œufs la seconde année». Le fermier poursuit en expliquant que c’est «moins cher de les abattre et de recommencer que de les nourrir et de loger un oiseau qui pond moins d’œufs». En révélant des anecdotes comme celles-ci, Fœr illustre la banalité vernie de l’objectivation des animaux. Il démontre comment il est facile de fermer les yeux en pleine connaissance de cause pour ceux qui perpétuent la souffrance qu’on inflige aux animaux élevés dans les fermes industrielles. Après un survol exhaustif des pratiques de l’industrie avicole, Fœr conclut avec le bon ton dégoûté: «Je ne voulais plus jamais manger d’œufs conventionnels». «Il n’y a rien qu’on fasse», écrit Fœr, «qui a le potentiel de causer autant de souffrance que de manger de la viande» et il trouve les mots justes lorsqu’il se demande «Qu’est-ce que la souffrance? Je ne suis pas certain de ce que c’est, mais je sais que souffrance est le mot qu’on donne à l’origine de tous les maux, soupirs, cris et gémissements – petits et grands, secs ou complexes – qui nous préoccupent». La souffrance est le principal intérêt et la motivation de Safran Fœr. Pour lui, le fondement de l’idée qui veut que les animaux de ferme aient droit, à tout le moins, de profiter d’une vie qui ne s’arrêtera pas arbitrairement pour un barbecue est crucial. Son message était suffisamment percutant pour que Pollan réduise son impression du livre de Fœr à deux mots dans le New York Review of Books: «Polémique végétarienne.»

comment peut-on moralement élever, aimer et tuer un animal

Somme toute, on pourrait s’attendre à ce que ces auteurs préconisent la fin de l’élevage des animaux pour se nourrir. Mais ils ne sont pas prêts à prendre cette position. Cette décision – cette étonnante esquive – est vouée à faire pourrir le mouvement de l’intérieur. C’est un tour de passe-passe typique de Pollan. En 2011, il s’est confié à Oprah Winfrey. Après avoir réfléchi sur la légitimité de consommer de la viande, «j’en suis venu à penser que je pourrais en manger de manière très limitée, celle de fermiers qui la produisent de façon à ce que je me sente bien par rapport à la vie qu’auront vécue les animaux».

Comment peut-on moralement élever, aimer et tuer un animal «de manière très limitée»? Si Pollan veut se «sentir bien» par rapport à la qualité de vie d’un animal, – comme celle de son chien par exemple – alors quelle serait la justification pour réduire sa vie (d’environ 75%) pour ajouter une option sur son menu? Ne serait-il pas mieux de laisser tomber la pseudo-philosophie et de simplement reconnaître (comme Comis l’a fait, jusqu’à ce qu’il annonce sur son blogue en février qu’il était devenu végétarien) qu’il aime trop la viande pour arrêter d’en manger? Et si c’est l’argument en cause – aimer la viande – alors tout le blabla compatissant autour des animaux dans les élevages industriels perd sa signification, comme les arguments autour de la souffrance animale en général.

Bittman apprête à sa sauce la même recette lorsqu’il écrit que l’habitude de «consommer de la viande pourrait être trop profondément ancrée pour que la plupart d’entre nous puissent l’abandonner». Mais c’est de la condescendance. Des millions de consommateurs ont abandonné la viande et plusieurs vont encore plus loin en rejetant le lait et tous les produits d’origine animale. Bittman lui-même les a pratiquement rejoints, prétendant être «semi-végétalien»: aucun produit d’origine animale avant le souper; carnivorisme après. C’est de la fabulation, une prémisse douteuse qui est censée atteindre l’inatteignable, à savoir nous mener «là où on peut continuer à manger des animaux, mais où on échange ce privilège… pour un système dans lequel on en mange moins et où on les traite mieux». L’utilisation que fait Bittman de «privilège» octroie une immunité extraordinaire aux mangeurs de viande responsables qui, à la différence de Comis ou des autres 7,3 millions de végétariens aux États-Unis, ont fait face au dilemme moral.

la décision de Fœr de promouvoir la consommation d’animaux provenant de fermes sans cruauté est particulièrement déconcertante

Au lendemain de la publication d’un livre qui a converti de nombreuses personnes au végétarisme, la décision de Fœr de promouvoir la consommation d’animaux provenant de fermes sans cruauté est particulièrement déconcertante. En octobre 2012, il répondait à une question sur la moralité de tuer des animaux pour se nourrir en disant que «la réponse n’a pas tellement d’importance. C’est peut-être amusant, intellectuellement, de considérer la question. Mais parlons plutôt de ce qui est devant nous». On revient à la question de la théorie et de la pratique. Quelques mois avant de faire ce commentaire, Fœr a pu être vu (brièvement) sur YouTube faisant la promotion de l’application Farm Forward qui indique aux consommateurs consciencieux où acheter la bonne sorte de poulet. Fœr, qui a été exposé aux horreurs de la mort des poulets industriels veut que nous sachions où trouver de la volaille tuée sans cruauté parce que, c’est dit implicitement, ce choix est «devant nous». Mais est-ce le seul choix que nous avons devant nous?

Qu’y a-t-il d’autre devant nous?

Je comprends, vous savez. Ces auteurs sont pragmatiques et, pour le meilleur ou pour le pire, le pragmatisme est convaincant et responsable. Leur appel à des solutions sans cruauté et leur rejet tacite d’une alimentation végétalienne comme voie vers une réforme de notre système agroalimentaire sont des exemples de stratégies pour éviter, comme on dit, que le mieux soit l’ennemi du bien. De plus, il est tellement évident que l’agriculture industrielle est incompatible avec le bien-être animal que n’importe quoi qui n’est pas industriel paraîtra supérieur et, en retour, recueillera l’appui du public. Pourquoi s’en faire avec les lourdes questions de cohérence morale quand les consommateurs peuvent apaiser leur conscience et continuer de manger des animaux d’une façon qui est socialement acceptable?

Cette question, et la logique qu’elle sous-tend, a non seulement structuré le message de nos «agri-intellos», mais elle a même inspiré des organisations internationales vouées au bien-être animal – la Humane Society des États-Unis par exemple — à soutenir l’élevage sans cruauté, et à petite échelle comme une fin en soi plutôt que comme une étape vers l’élimination des animaux de notre alimentation. Selon le président et chef de la direction, «la HSUS accueille les éleveurs sans cruauté et les productions de remplacement de l’élevage industriel». La Humane Society défend la consommation d’animaux? En fait, oui. Elle le fait parce que, comme choix personnel, manger moins de viande est perçu comme plus facile que de ne pas en manger du tout.

Fœr nous demande de considérer la réalité dans laquelle on vit lorsqu’on s’interroge sur la consommation d’animaux. Pour terminer, suivons son conseil. Évaluons la nature de l’élevage non industriel avec la même minutie que les fermes industrielles. Deux réalités accablantes apparaissent alors. Elles montrent toutes les deux comment le mouvement a échoué à suivre sa propre logique et à faire la promotion de la fin de l’élevage comme une étape vers une véritable réforme de l’agriculture, réforme qui a le potentiel d’atteindre les objectifs que le mouvement exprime avant tant de passion.

La première réalité c’est que l’économie de l’élevage non industriel ne fonctionne pas. La consolidation est rentable. Les systèmes sur pâturage sont une option coûteuse par rapport à l’élevage industriel et seront nécessairement destinés à ce que Bittman appelle des consommateurs «privilégiés» plutôt qu’à la masse des carnivores. Dans ce qui est peut-être le livre le plus important et négligé sur les questions d’élevage, Compassion, by the Pound, les auteurs Jayson Lusk et F. Bailey Norwood, des économistes agricoles, documentent la difficile réalité économique de l’élevage humain. Ils montrent, sans l’ombre d’un doute, que le porc de Platon a besoin des richesses de Crésus et d’une horde de foodies prêts à payer une fortune pour de la viande. Évidemment, plusieurs carnivores seront heureux de le faire.

la première réalité c’est que l’économie de l’élevage non industriel ne fonctionne pas

Le soutien d’une élite pour de la viande sans cruauté, par contre, n’aura pas un très grand effet sur l’ensemble du portrait des protéines à bas coût empaquetées par le commerce agroalimentaire. La plupart des consommateurs se tourneront toujours vers le prix le plus bas. S’il n’y a pas de honte à manger des animaux, l’option la moins chère l’emportera toujours. Comme l’emportera l’agrobusiness. Autrement dit, on ne peut pas battre le diable à son propre jeu.

La deuxième réalité méconnue, c’est que même si l’élevage non industriel peut sembler être substantiellement moins cruel que l’élevage intensif, les petites fermes sont seulement symboliquement plus accommodantes par rapport aux intérêts des animaux. Ma recherche pour un livre sur les inconvénients de l’agriculture à petite échelle révèle des problèmes qui rappellent ceux des élevages industriels et qui sont déjà un fléau dans les élevages plus petits. Posséder des animaux dans le but de les abattre et de les consommer signifie qu’on risque de tourner les coins ronds sur les questions éthiques pour améliorer les résultats. Avec l’augmentation de la concurrence pour séduire les consommateurs privilégiés, ce tournage de coin rond ne peut que s’intensifier.

Une petite liste des problèmes ordinaires et parfois inévitables que constatent les fermiers eux-mêmes sur les fermes non industrielles devrait inclure les points suivants: un nombre excessif d’animaux vivants en pâturage tués par des animaux sauvages et domestiques, la mutilation des groins pour éviter que les cochons ne déracinent des plantes, la castration sans anesthésie, l’abattage bâclé, l’utilisation préventive (et illicite) d’antibiotiques, les épidémies de salmonelle et de trichinose, la dégradation importante des pâturages, la surutilisation de pesticides et de vaccins, la séparation des veaux de leurs mères. Autrement dit, les animaux à qui on accorde un peu plus d’espace souffrent quand même d’être des biens qu’on exploite. Étant donné qu’ils sont destinés à être des choses et non pas des compagnons, ça ne devrait pas être une surprise. Le coût ultime de notre refus de répondre à la contradiction de l’omnivore, c’est donc la souffrance continuelle d’animaux dont les éleveurs et les foodies disent se soucier.

Personne ne prévoit la libération des animaux de ferme à court terme. Nous ne ferons jamais face au scénario dans lequel les milliards d’animaux qui sont aujourd’hui tués pour nous nourrir iront se balader librement à la recherche d’un sanctuaire. Mais ce qu’on peut prévoir – et ce que le Food Movement peut prévoir –, c’est un changement radical dans les pratiques agricoles initié par un changement radical dans ce que les consommateurs informés choisissent de ne pas manger. Cette transition favoriserait des systèmes beaucoup plus diversifiés de production axés sur les cultures végétales destinées à consommation humaine (pour le moment, 75% de toutes les calories produites proviennent de maïs, de riz, de blé et de soya et la majeure partie du maïs et du soya sont destinés aux animaux). Complément nécessaire à ce changement: une réduction graduelle, mais draconienne de l’élevage avec des fermes plus petites et plus humaines servirait d’étape nécessaire, mais temporaire, à l’intérieur d’un plus grand projet visant à mettre fin à toute forme d’élevage.

Lorsque ces deux changements seront terminés ou, à tout le moins, bien enclenchés, le Food Movement pourrait alors amorcer le nécessaire débat sur l’utilisation résiduelle des animaux dans la production de notre nourriture. Si on garde des poulets pour aider à fertiliser les sols ou comme animaux de compagnie, peut-on justifier la consommation de leurs œufs? Devrait-on établir des programmes municipaux pour transformer les animaux tués sur la route en aliments sains? Est-ce qu’on devrait manger les animaux comme les méduses dont la prolifération constitue une menace pour l’environnement? Ces discussions sont nécessaires, mais pas avant qu’on ait fait de véritables progrès pour en finir avec cette la tradition d’élever des animaux sensibles pour les manger.

En plus d’insister sur le fait qu’«il importe peu» qu’il soit immoral d’élever et de tuer des animaux, Fœr explique aussi que cette «question est la moins pertinente dans les choix que l’on fait quotidiennement». Autrement dit, parce que notre culture est si profondément marquée par les produits d’origine animale, il n’y a pas de raison, de façon pragmatique, de se questionner sur l’aspect moral de la consommation d’animaux. Les gens s’en foutent. J’aurais peut-être donné raison à Fœr jusqu’à la dernière session, lorsque j’ai collaboré à un cours intitulé «Manger des animaux aux États-Unis». Quelque chose s’est produit dans ce groupe qui m’a permis de voir le Food Movement d’une autre façon.

Il fallait lire Every Twelve Seconds de Timithy Pachirat, un regard cru sur le travail en abattoir industriel. Pendant notre discussion, un étudiant, vétéran de la guerre en Irak, tatoué, Purple Heart7 haltérophile de compétition et propriétaire d’un ranch texan, a dit à ses collègues de classe, dégoûtés par ce qu’ils venaient de lire, qu’il y avait une meilleure façon. Une façon complètement différente de s’occuper du bétail. Mon collègue et moi avons demandé à cet étudiant – appelons-le Mike – s’il accepterait de commencer le prochain cours en décrivant comment il s’occupe du bétail sur le ranch familial, où on tue deux vaches par année pour consommation personnelle. Il a généreusement accepté.

Mike a commencé son exposé en expliquant comment il était horrifié par la description que fait Pachirat de la façon dont le bétail est traité dans les abattoirs industriels. Il était visiblement irrité. Ses poings étaient fermés. Il a grandi avec les animaux «j’ai un faible pour les vaches», concéda-t-il, encore plus que pour ses chiens. Il pensait qu’abattre ses animaux avec dignité est de la plus grande importance.

Mike décrivait comment sa famille prenait soin des veaux, comment elle entretenait les liens maternels, s’assurait que les animaux avaient accès à des pâturages quand la météo le permettait et à des abris pendant les tempêtes, comment elle contrôlait leur nourriture, comment elle n’avait jamais eu à leur donner d’antibiotiques ou de vaccins et comment elle les couvrait d’affection physique. Beaucoup de caresses, beaucoup de massages. Et alors, Mike prit une grande respiration, il regarda la classe de ses yeux bleus perçants et commença à expliquer que, pour tuer une vache humainement, il faut créer une atmosphère calme, s’assurer que son couteau est bien aiguisé, rassembler la famille et… et… il fit une pause. Il eut l’air sous le choc pendant une seconde, sans voix. Son regard fit le tour de la classe vers ses collègues silencieux. Il prit une grande respiration et commença à parler de sectionner la mœlle épinière. Et puis c’en était trop. Je sentais ce moment cathartique approcher et j’ai fixé son regard pendant que ses yeux se remplissaient de larmes. La seule chose dont je me souvienne, c’est d’avoir pensé que cet éleveur cherche un nouveau chemin que personne ne lui propose. C’est impossible qu’il soit le seul.

1. Just Food, Where Locavores Get It Wrong and How We Can Truly Eat Responsibly (2010). On a pu le lire dans The New York Times, Harper’s, The Washington Post, Slate, et Forbes. Il écrit aussi pour Freakonomics.com, Conservation, Pacific Standard, Laika Magazine, The Millions et The New York Times Book Review. Il publie en janvier 2015 The Modern Savage: Our Unthinking Decision to Eat Animals.

2. Texte original: Loving Animals to Death, The American Scholar, 11 mars 2014.

3. NDLT: L’expression Food Movement utilisée pour décrire la «myriades de voix qui s’élèvent en chœur pour dénoncer l’agriculture de masse et le rapport maladif de l’Amérique à la nourriture» (Le Monde, 6 octobre 2011) n’a pas d’équivalent français. On l’associe souvent au movement locavore et aux foodies.

4. NDLT: Oscar Mayer est une marque américaine appartenant au groupe Kraft célèbre pour ses hot dogs et son bacon. C’est l’équivalent de Lafleur au Québec.

5. NDLT: Un croisement entre les raisins Concord et Thompson très rares et prisés par les foodies californiens.

6. NDLT: Un désert alimentaire est une zone géographique où la nourriture abordable et nutritive est difficile à obtenir, en particulier pour les personnes qui n’ont pas accès à une automobile.

7. NDLT: Une médaille militaire accordée aux personnes blessées ou tuées au service de l’armée américaine.