On a vu naître et mourir des vagues de philosophies végétariennes dans l’histoire du monde et la Chine ne fait donc pas figure d’exception.

Même si nous ne sommes pas encore parvenus à établir la relation égalitaire idéale entre les humains et les animaux décrite par Tchouang-Tseu, la civilisation chinoise dans sa diversité n’a pas un passé de grande consommation de viande. Dans les communautés tant agricoles que nomades, les animaux étaient indispensables dans la vie des gens, moins pour l’aspect nutritionnel qu’ils représentaient que pour être utilisés au travail ou comme actifs. Au cours des dernières décennies, la consommation de viande a considérablement augmenté au fil de la hausse des niveaux de revenus, que ce soit dans les villes ou dans les zones rurales. Mais le développement économique et l’urbanisation agissent également comme les catalyseurs d’une tendance qui favorise l’éclosion d’un nouveau végétarisme ou d’un nouveau véganisme.

La consommation de viande a considérablement augmenté au fil de la hausse des niveaux de revenus.

Dans la société chinoise, l’histoire du bouddhisme et de l’islam a établi un lien clair entre les restrictions alimentaires – en particulier le véganisme – et les croyances religieuses. Cependant, de nouvelles formes de végétarisme et de véganisme mettent davantage l’accent sur la santé, l’environnement et le bien-être des animaux. Pour les véganes, la compassion éprouvée pour tout être vivant est sans doute la raison essentielle qui conduit à faire de tels choix. Mais pour la plupart des gens, devenir végane ou végétarien, quelle que soit la motivation, paraît extrême : cela peut facilement provoquer des réactions négatives. Par conséquent, lorsqu’une action collective est nécessaire, les activistes véganes envisagent souvent de nombreux points d’entrée afin de cibler efficacement des groupes spécifiques. Parmi les nombreuses actions lancées sur les réseaux sociaux et le travail effectué sur le terrain pour promouvoir une alimentation végétalienne, des conférences publiques organisées à propos du programme « 21-Day Vegan Kick-start » (guide pour devenir végétalien), axé sur la santé, ainsi que les initiatives du « Lundi vert/sans viande », axées sur l’environnement, ont obtenu d’assez bons résultats, jetant ainsi les bases d’un changement sur le long terme.

À l’avant-garde sur le plan législatif, Hong Kong et Taïwan ont depuis longtemps adopté des lois pour promouvoir le bien-être des animaux. Des projets de loi en faveur de la protection des animaux ont été présentés en Chine continentale en 2009 et 2010 afin d’essayer, entre autres, d’interdire la production et la consommation de viande de chien et de chat. Étant donné que le fait de manger du chien est encore considéré comme une tradition dans certaines régions de Chine, ce projet de loi jouerait un rôle positif pour discréditer de telles pratiques tout en mettant en avant l’aspect éthique des liens qui pourraient se nouer entre les animaux et les humains.