Comment mettre un terme à l’exploitation des animaux? Comment lutter contre le spécisme? Comment faire pour développer massivement des modes de vie qui n’impliquent pas la souffrance et la mise à mort d’autres animaux?

Ces questions tournent dans nos têtes chaque jour. Parfois, de nouvelles idées arrivent. Et certaines font leur chemin, enrichies par les discussions et les échanges. Les Vegan Place sont l’une d’elles. Initiées il y a un an à Paris par L214, elles se développent aujourd’hui dans d’autres villes. Le principe des Vegan Place est de mêler information et convivialité. D’un côté, vidéos, livres et documentation, et de l’autre, gourmandises, sourires et échanges. Le mélange est carrément détonant!

Nous savons la puissance des images. Elles retournent l’estomac, serrent le cœur et frappent l’esprit. Elles provoquent souvent des changements profonds et durables. Mais comment les diffuser? Comment faire pour que les gens y soient confrontés? Outre la diffusion via les réseaux sociaux ou les médias, comment les toucher au plus près? Comment attirer les spectateurs?

Une Vegan Place est avant tout un espace d’accueil chaleureux: belles photos, gâteaux appétissants, musique sympa, visages avenants. L214 a développé ses propres espaces et invite d’autres associations à participer. Les conditions de participation des associations sont simples: être en accord avec l’idée d’abolir l’exploitation des animaux et promouvoir un mode de vie végane. Cela donne un village associatif imposant et coloré en plein centre-ville qui attire par la mise en valeur des aspects positifs d’une relation pacifique avec les animaux. Premier pari réussi: les Vegan Place sont très fréquentées et intriguent un public varié.

Reste à le faire entrer dans la tente de projection vidéo. Les véganes, gardant le sens de l’humour malgré la gravité du message, nous avons prévu… des carottes. En échange d’une pâtisserie végane, les passants sont invités à voir notre court métrage: 1 vidéo = 1 gâteau. À l’affût d’idées efficaces, nous avions découvert ce concept aux É.-U. sous la forme «1 vidéo = 1$»: nous l’avons mis à notre sauce. Et la tente de projection de L214 ne désemplit pas. On peut visionner la vidéo seul ou à plusieurs. On est volontaires. On est curieux. On est bien installés. On est prévenus.

La vidéo dure quelques minutes. Elle commence par des séquences où on peut découvrir qui sont les animaux. Savez-vous qu’ils sont sentients? Intelligents? Sociaux? Un certain nombre de préjugés tombent: on se sent bien, attendris, souriants. Puis viennent les images de ce qui se passe dans les élevages, dans les transports, dans les abattoirs ou sur les bateaux de pêche. Nous voyons des vies basculer sous nos yeux. Le fun s’envole. La réalité prend toute la place, sa cruauté présentée sans artifice. Ce ne sont pas les pires images qui existent. Juste la norme, filmée à quelques centaines de kilomètres de la Vegan Place. Les émotions se lisent sur les visages, les sourires se figent et parfois les larmes coulent. Mais l’envie de savoir est là. Le voile de la viande heureuse est déchiré, laissant place aux animaux malheureux, aux animaux esclaves. La viande et le poisson redeviennent des morceaux d’animaux. Les produits laitiers racontent le calvaire des vaches et des veaux. Les œufs se lient au destin des poules.

La vidéo est terminée. L’insouciance aussi. Des militants sont présents. On prend le temps de discuter, d’échanger. Alors, comment on fait, maintenant? Végane, vous disiez? On peut vraiment ne plus participer à «ça»? On retrouve peu à peu la chaleur. Le sourire reprend le dessus. On fait ses premiers pas de végane.

Avec un an de recul maintenant, on peut dire que les Vegan Place sont un succès. Nous croisons aujourd’hui des personnes qui ont changé leur façon de voir (et de consommer!) à la suite des Vegan Place. Le nombre de participants actifs ne cesse d’augmenter aussi.

Les Vegan Place ont aussi un autre effet non négligeable: elles permettent aux militants de «souffler», de recharger leurs batteries. La plupart des actions menées sont difficiles, éprouvantes physiquement et mentalement. Les Vegan Place, c’est de la chaleur, c’est de l’accueil, c’est du partage. Ce sont des gens qui nous tombent dans les bras, émus, touchés, qui nous montrent à quel point nos actions sont importantes, à quel point nous avons raison de nous battre.

Avec L214, nous avons fait le choix d’utiliser un maximum de leviers pour libérer les animaux. Les Vegan Place se sont imposées comme un moment fort et revitalisant.